Antibes · Histoire
Histoire d'Antibes : d'Antipolis au démantèlement des remparts
Comptoir grec devenu cité romaine, place forte du royaume de France face au comté de Nice, ville fortifiée par Vauban puis déclassée en 1889 : l'histoire d'Antibes explique directement la forme de la ville actuelle, la localisation de ses quartiers et la valeur de son patrimoine bâti.
01Repères chronologiques vérifiés
| Période | Fait | Source |
|---|---|---|
| Début du VIe siècle av. J.-C. | Plus anciennes traces d'occupation sur l'escarpement rocheux | Département des Alpes-Maritimes |
| Ve au IIIe siècle av. J.-C. | Établissement d'Antipolis, comptoir en lien avec le monde grec par l'intermédiaire des Phocéens | Département 06 et Office de tourisme, datations divergentes |
| 43 av. J.-C. | Antipolis obtient le statut de communauté autonome | Département des Alpes-Maritimes |
| Sous Auguste | Accession au statut de cité de droit latin, intégration à la Gaule Narbonnaise | Département des Alpes-Maritimes |
| Vers 450 | Établissement de l'évêché d'Antibes | Sources concordantes, datation à préciser |
| 1243 ou 1244 | Repli des évêques sur Grasse, pour cinq siècles | Département 06 et base Mérimée pour 1244, Office de tourisme pour 1243 |
| 1481 ou 1482 | Rattachement de la Provence au royaume de France, Antibes devient ville frontière | Office de tourisme pour 1481, Département 06 pour 1482 |
| 1552 | Premiers travaux de fortification moderne sous Henri II, tour Saint-Jaume et amorce du Fort Carré | Base Mérimée, notice IA06000904 |
| 1603 à 1611 | Construction de l'enceinte bastionnée par les frères Bonnefons | Base Mérimée |
| 1682 puis jusqu'en 1700 | Vauban présente ses projets de défense du port | Base Mérimée |
| 1719 à 1724 | Réalisation de la porte et du bastion de la Marine, après la mort de Vauban | Base Mérimée |
| 1746 | Antibes résiste 57 jours à un bombardement autrichien de 2 600 bombes et 200 pots à feu | Office de tourisme d'Antibes Juan-les-Pins |
| 1860 | Le rattachement de Nice à la France fait perdre à la place son intérêt stratégique | Base Mérimée, Office de tourisme |
| 1889 | Déclassement de la place forte | Base Mérimée |
| 1895 | Début de la démolition systématique des fortifications, le front de mer subsistant largement | Base Mérimée |
| 1881 et 1882 | Achat d'environ 2 kilomètres de littoral pour 825 000 francs, puis création de la station de Juan-les-Pins | Département 06 pour 1881, Office de tourisme pour 1882 |
| 1946 | Picasso installe son atelier au château Grimaldi, de mi-septembre à mi-novembre | Département 06, base Mérimée |
| 1960 | Première édition du festival Jazz à Juan, au stade du Fort Carré et à la Pinède Gould | Département des Alpes-Maritimes |
| 1969 | Création de l'association Sophia Antipolis, à l'initiative de Pierre Laffitte | Département des Alpes-Maritimes |
Sources : Département 06, traces de l'Antiquité grecque et latine ; Base Mérimée, fortification d'agglomération IA06000904 ; Office de tourisme d'Antibes Juan-les-Pins, une histoire riche.
02Antipolis, la ville d'en face
Le nom d'Antipolis signifie en grec « la ville d'en face », la référence exacte restant débattue. Le Portail des savoirs du Département des Alpes-Maritimes situe les plus anciennes traces d'occupation au début du VIe siècle avant notre ère, sur l'escarpement rocheux, et place l'établissement d'Antipolis proprement dit aux IVe et IIIe siècles avant notre ère, datation appuyée sur l'augmentation des importations de céramique grecque. L'Office de tourisme d'Antibes Juan-les-Pins retient pour sa part le Ve siècle avant notre ère.
Point de méthode. Il n'existe pas de date de fondation unique retenue par les sources officielles. La fourchette institutionnelle va du Ve au IIIe siècle avant notre ère, sur un site déjà occupé au début du VIe siècle. Toute date précise du type « fondée en telle année » relève de l'approximation.
La ville romaine couvrait environ 25 hectares, alimentée par deux aqueducs. On connaît un théâtre d'environ 72 mètres de diamètre, des édifices publics, des domus et des installations portuaires spécialisées dans le garum, sauce de poisson fermenté qui constituait un produit d'exportation majeur en Méditerranée.
La fouille préventive du Pré aux Pêcheurs, menée dans l'anse Saint-Roch préalablement à la construction d'un parking souterrain, a documenté une occupation du IVe siècle avant notre ère au VIe siècle de notre ère et livré l'épave d'un navire marchand à voile romain du IIe siècle. L'opération, publiée par l'INRAP en septembre 2012, a été dirigée par Isabelle Daveau.
Sources : Département 06 ; INRAP, le Pré aux Pêcheurs.
03Ville frontière, ville fortifiée
Le rattachement de la Provence au royaume de France, en 1481 ou 1482 selon les sources, place Antibes sur une frontière : la Provence orientale devient française, tandis que le comté de Nice passe à la Savoie. Cette position fait de la ville une place forte stratégique pendant près de quatre siècles, jusqu'au rattachement de Nice à la France en 1860.
La séquence des fortifications est documentée avec précision par la base Mérimée. Les premiers travaux modernes datent de 1552, sous Henri II, avec la tour Saint-Jaume et l'amorce du Fort Carré. Les frères Bonnefons construisent l'enceinte bastionnée de 1603 à 1611, complétée par une extension vers le port de 1634 à 1652. Vauban présente un premier projet en 1682, incluant un bastion sur l'ancien îlot Saint-Jaume, puis plusieurs projets jusqu'en 1700. La porte et le bastion de la Marine sont réalisés de 1719 à 1724, après sa mort.
Le Fort Carré
La tour Saint-Laurent est commencée entre 1548 et 1550 et achevée vers 1553. Le système de fort bastionné est édifié de 1565 à 1585, l'enceinte extérieure à partir de 1603, la fausse braie et les ouvrages complémentaires de 1635 à 1640, et le fort bas achevé de 1830 à 1848, avec des casernes à partir de 1844. Le fort culmine à 26 mètres au-dessus de la mer.
Il est classé Monument historique le 7 novembre 1906, classement étendu le 20 août 1913 aux deux enceintes, à la chapelle de l'enceinte haute et au tombeau du général Championnet dans le bastion nord-ouest. Désaffecté militairement au début du XXe siècle, il est transféré au ministère de la Jeunesse et des Sports en 1967, restauré dans les années 1980 et ouvert au public par la Ville d'Antibes en 1998.
Divergence entre sources officielles. La notice d'inventaire Mérimée attribue la conception initiale à l'ingénieur Jean de Saint-Rémy, la notice de protection à Jean de Renaud. Les deux notices émanent de la même base du ministère de la Culture. La question n'est pas tranchée.
Le bastion Saint-André
Ouvrage bâti par Vauban à la fin du XVIIe siècle, comportant deux galeries voûtées en brique, l'Office de tourisme retenant la date de 1698. Il est inscrit Monument historique par arrêté du 23 janvier 1930, sous l'intitulé « remparts et demi-bastion 17 dit Fort Saint-André ». Le musée d'Archéologie y est installé en 1963.
Le démantèlement et ses conséquences urbaines
La place est déclassée en 1889 et la démolition systématique commence en 1895. Le front de mer subsiste largement, ce qui explique la promenade des remparts d'aujourd'hui. La Porte Royale, devenue villa privée, est inscrite depuis 1928. Cette démolition libère le sol et rend possible l'extension de la ville hors les murs, condition matérielle du développement de Juan-les-Pins et des quartiers de l'ouest et de l'est.
Sources : notices IA06000947, PA00080656, PA00080660 et IA06000904, base Mérimée, Ministère de la Culture ; Département 06, la fortification moderne dans les Alpes-Maritimes.
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04La naissance de Juan-les-Pins et l'invention de la villégiature
La chronologie établie par le Département des Alpes-Maritimes est précise. En 1881, une société immobilière achète environ deux kilomètres de littoral pour 825 000 francs afin d'y créer une station d'hiver. Le nom prévu, Albany-les-Pins, est abandonné au profit de Juan-les-Pins. La gare est construite de 1882 à 1886, élément déterminant du développement : Guy de Maupassant y voit le potentiel de la plus jolie station de la côte. Le jardin public de la Pinède est créé en 1895. En 1903, la station compte 92 villas, majoritairement de style éclectique.
Dans les années 1920, le couple américain Gerald et Sarah Murphy transforme le site en destination estivale à la mode, rompant avec la tradition de la saison d'hiver. Leur cercle attire F. Scott Fitzgerald, qui séjourne dans ce qui deviendra l'hôtel Belles Rives. Édouard Baudoin relance le casino avec restaurants, galas et concours de plage, et Frank Jay Gould finance en 1927 Le Provençal, palace de style néo-provençal.
L'Hôtel du Cap Eden-Roc, sur le Cap d'Antibes, indique exister depuis 1870, sa piscine d'eau de mer taillée dans le rocher datant de 1914.
Sources : Département 06, Juan-les-Pins, une station balnéaire ; Hôtel du Cap Eden-Roc, histoire.
05Picasso, de Staël et le château Grimaldi
Le château Grimaldi, édifice des XVe et XVIe siècles bâti sur des vestiges romains, occupe le site d'un palais épiscopal jusqu'au transfert de l'autorité ecclésiastique à Grasse. Propriété communale, il est classé Monument historique par arrêté du 29 avril 1928.
Picasso arrive dans le Midi à l'été 1946 avec Françoise Gilot. Romuald Dor de la Souchère, premier conservateur, lui propose un atelier dans le château. Il y travaille intensément de mi-septembre à mi-novembre 1946. Faute de matériaux dans l'après-guerre, il emploie de la peinture industrielle Ripolin et des panneaux de fibrociment. Il laisse en dépôt à la ville 23 peintures et 44 dessins. Le château devient officiellement le musée Picasso en décembre 1966. Le musée conserve aujourd'hui environ 250 œuvres de Picasso, ainsi que des collections d'art moderne et contemporain, dont des œuvres de Nicolas de Staël et de Hans Hartung.
Nicolas de Staël a réalisé plus de 350 œuvres à Antibes en 1954 et 1955, faisant de la ville l'un des lieux les plus productifs de sa carrière.
Sources : Base Mérimée, château des Grimaldi PA00080651 ; Département 06, le musée Picasso d'Antibes ; Office de tourisme, Antibes pas à pas.
06Jazz à Juan et Sophia Antipolis, deux fondations du XXe siècle
Jazz à Juan
La première édition se tient en 1960, créée par Jacques Souplet et Jacques Hébey avec le soutien municipal, en mémoire de Sidney Bechet. La première édition se tient au stade du Fort Carré et à la Pinède Gould, cette dernière s'imposant ensuite comme le lieu de référence. La première édition est marquée par Charlie Mingus, suivi de Ray Charles en 1961, de John Coltrane en 1965, puis de Miles Davis, Dizzy Gillespie et Ella Fitzgerald. Lors de son cinquantième anniversaire en 2010, le festival est présenté comme le plus ancien festival de jazz d'Europe.
Sophia Antipolis
Le projet est conçu par Pierre Laffitte, sénateur et ingénieur, à la fin des années 1960. L'association Sophia Antipolis est créée en 1969, la première acquisition foncière intervient en 1970 et le premier bâtiment est construit en 1971. Suivent les laboratoires du CNRS et l'École des Mines en 1976, l'INRIA en 1983, le centre CNET de télécommunications en 1989, l'incubateur CICA en 1990, l'incubateur PACA EST en 2001 et l'inauguration d'un campus universitaire majeur en 2013.
Le nom associe « Sophia », la sagesse et le savoir, et « Antipolis », en référence à la position historique d'Antibes. La technopole s'étend aujourd'hui sur 2 400 hectares et regroupe environ 2 500 entreprises pour 38 000 emplois, avec environ deux tiers de la surface préservés en espaces verts.
Sources : Département 06, le festival international de jazz ; Département 06, la technopole Sophia Antipolis ; CASA 2040, géographie du territoire.
07Ce que cette histoire change pour l'immobilier d'aujourd'hui
- Un centre ancien fermé et non extensible. Le tracé des remparts a fixé une fois pour toutes le périmètre du Vieil Antibes. Le nombre de logements y est constant : la rareté y est structurelle, pas conjoncturelle.
- Un patrimoine protégé qui encadre les travaux. Le Site patrimonial remarquable annexé au PLU couvre trois aires, R pour les Remparts et le centre-ville, P pour la Pinède à Juan-les-Pins et G pour la Garoupe au Cap d'Antibes. Dans ces périmètres, l'architecte des Bâtiments de France rend un avis obligatoire sur les autorisations de travaux.
- Une ville née de la villégiature. L'invention de Juan-les-Pins à partir de 1881 et le basculement vers la saison estivale dans les années 1920 expliquent la part élevée de résidences secondaires, 33,5 pour cent du parc au recensement 2023, et la forte saisonnalité du marché locatif.
- Une économie tirée par Sophia Antipolis. La technopole, fondée en 1969, structure la demande locative de longue durée et oriente les flux domicile-travail vers le nord et l'ouest de la commune.
- Une croissance démographique récente sur un territoire contraint. Antibes est passée de 47 547 habitants en 1968 à 77 637 en 2023, avec un repli entre 2007 et 2017 puis une reprise de 6,4 pour cent entre 2017 et 2023, sur environ 26,5 kilomètres carrés dont une part importante n'est pas urbanisable.
Sources : INSEE, dossier complet Antibes 06004 ; Géoportail de l'urbanisme, PLU et règlement du SPR.
FAQ, questions fréquentes sur l'histoire d'Antibes
- Quand Antibes a-t-elle été fondée ?
- Il n'existe pas de date unique retenue par les sources officielles. Le Département des Alpes-Maritimes situe les plus anciennes traces d'occupation au début du VIe siècle avant notre ère et l'établissement d'Antipolis aux IVe et IIIe siècles avant notre ère. L'Office de tourisme retient le Ve siècle avant notre ère. La fourchette institutionnelle va donc du Ve au IIIe siècle avant notre ère.
- Que signifie le nom Antibes ?
- Antibes vient du grec Antipolis, qui signifie « la ville d'en face ». La référence exacte, c'est-à-dire ce à quoi la ville faisait face, reste débattue par les historiens. C'est ce même nom qui a été repris pour la technopole Sophia Antipolis, associé au grec « sophia », la sagesse et le savoir.
- Vauban a-t-il construit les remparts d'Antibes ?
- En partie seulement. L'enceinte bastionnée a été construite de 1603 à 1611 par les frères Bonnefons, soit avant Vauban. Ce dernier présente un premier projet de défense du port en 1682, puis plusieurs projets jusqu'en 1700. La porte et le bastion de la Marine ont été réalisés de 1719 à 1724, après sa mort. Le bastion Saint-André lui est en revanche attribué, à la fin du XVIIe siècle.
- Pourquoi les remparts d'Antibes ont-ils été détruits ?
- Le rattachement de Nice à la France en 1860 a fait disparaître la frontière que la place forte défendait. La place a été déclassée en 1889 et la démolition systématique a commencé en 1895. Le front de mer a largement subsisté, ce qui explique la promenade des remparts actuelle. Cette démolition a permis à la ville de s'étendre hors les murs.
- Picasso a-t-il vécu à Antibes ?
- Il y a séjourné et travaillé. Arrivé dans le Midi à l'été 1946, il installe son atelier au château Grimaldi de mi-septembre à mi-novembre 1946, sur proposition du conservateur Romuald Dor de la Souchère. Il laisse en dépôt à la ville 23 peintures et 44 dessins. Le château devient officiellement musée Picasso en décembre 1966.
- Quand Juan-les-Pins a-t-elle été créée ?
- Les sources officielles divergent d'un an. Le Département des Alpes-Maritimes date de 1881 l'achat d'environ deux kilomètres de littoral pour 825 000 francs en vue de créer une station d'hiver. L'Office de tourisme date la création de la station de 1882. L'écart tient à ce que l'on retient comme acte fondateur, l'acquisition foncière ou la création formelle.
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